Safiatou Rouamba/Sam : Transformatrice agroalimentaire plutôt qu’accoucheuse auxiliaire  

HomeActualités

Safiatou Rouamba/Sam : Transformatrice agroalimentaire plutôt qu’accoucheuse auxiliaire  

Madame Rouamba ! Un nom assez bien connu dans l’univers de la transformation agroalimentaire dans la région du Nord du Burkina Faso. Directrice de l’entreprise Femmes Actives, elle a réussi à se faire une bonne place dans la transformation agroalimentaire « au pays de hommes intègres« . Le nom à l’état civil de cette dame de 42 ans est Safiatou Sam. Une de ses réalisations majeures est le thé de moringa. Mère de quatre enfants dont un garçon, cette valeur sûre de l’entreprenariat féminin dans l’agroalimentaire au Burkina Faso a une formation d’accoucheuse auxiliaire.

Safiatou ROUAMBA/SAM, Présidente de l’Association des Femmes Solidaires pour le Développement Durable (AFESODD)

Depuis la ville de Koudougou ou elle était installé auprès de son mari dans les années 1998-2009, Safiatou Rouamba/Sam s’est lancée dans la transformation et la commercialision de produits agroalimentaires. « Je vendais des jus, du yaourt, du couscous de mil dans la ville de Koudougou ». Déjà à cette époque, cette entrepreneure au physique frêle tirait un grand plaisir à pratiquer la transformation agroalimentaire et à commercialiser ses produits. Au fonds, la native de Ouagadougou est une passionnée de la cuisine.

Partie pour devenir accoucheuse

Influencée par l’orientation de la majeure partie des gens de sa génération, il y’eût un temps où la patronne de l’entreprise Femmes Actives voulait devenir fonctionnaire de l’Etat. Elle décide alors de se former au métier d’accoucheuse. Pour cette formation, Safiatou Rouamba/Sam s’est inscrite à titre privé à l’Ecole nationale de santé publique de Koudougou. Après la formation, elle devait donc passer un test d’intégration pour devenir employée de la fonction publique. En tant qu’agent de santé de l’Etat, il y avait de forte chance qu’elle soit affectée en milieu rural. Cette citadine née en est consciente mais redoute cet état de fait. Elle souhaite éduquer ses enfants auprès de son mari. Elle passe quand même le test d’intégration sans trop y mettre du sérieux.  Comme il fallait s’y attendre, elle échoue. Mais cela n’est pas un problème pour cette accoucheuse de formation qui est plus attirée par l’entreprenariat dans la transformation agroalimentaire. Elle poursuit alors avec plaisir son juteux petit commerce de produits alimentaires.

Les premiers pas à Ouahigouya

L’époux de Safiatou Sam est fonctionnaire dans une grande institution privée du Burkina Faso. Comme la majeure partie des travailleurs du Burkina Faso, il est parfois concerné par des décisions d’affectation dans certaines localités du pays. En 2009, il est appelé à occuper un poste important à Ouahigouya, chef-lieu de la région du Nord du Burkina Faso. De Koudougou, ville située à une centaine de km de Ouagadougou, où elle était installée, la famille Rouamba déménage alors pour Ouahigouya. Quelques années après son installation dans la cité dite de Naaba Kango,  « madame Rouamba » est amenée à coordonner les affaires de l’entreprise de sa mère qui a obtenu un important marché dans cette même  région du Nord. L’entreprise en question évolue dans le nettoyage des services publics. La future cheffe d’entreprise a ainsi l’occasion de côtoyer plusieurs femmes de la localité recrutées pour assurer la prestation de service obtenue par l’entreprise de sa mère. Pendant qu’elles collaborent, la jeune dame propose une idée aux femmes avec qui elle travaille. « Je leur ai dit qu’il sera bon que nous travaillions ensemble en association pour générer des revenus à travers la transformation agroalimentaire  » nous confie-t­-elle.  C’est ainsi que l’Association des Femmes Solidaires pour le Développement Durable (AFESODD) est née avec comme première activités, la production du Soumbala, conçu à partir des graines de néré. Un montant de 100 000 FCFA a été obtenu à la caisse populaire par la présidente de l’association, Safiatou Rouamba/Sam, pour le démarrage des opérations. A défaut de pouvoir louer un local pour leurs activités de production, les femmes de l’Association des Femmes solidaires pour le Développement Durable travaillent chez leur première responsable.

De l’association à l’entreprise

Safiatou Rouamba/Sam entourée d’une partie de l’équipe de l’entreprise Femme Active dans leur unité de production

Après deux ans dans la production du Soumbala, « madame Rouamba » et ses consœurs décident de s’essayer à la réalisation d’autres produits agroalimentaires. Elles parviennent à produire des biscuits et des gâteaux de niébé (haricot), de maïs, de sorgho.  Au fil du temps, l’association évolue en diversifiant ses productions et en attirant l’attention de la population. Pour donner un caractère plus sérieux aux activités de l’association, les travaux de transformation agroalimentaire seront délocalisés du domicile de la présidente à un endroit essentiellement dédié à cet effet. L’unité de transformation de l’association sera ainsi mise en place.

L’Association des Femmes solidaires pour le Développement Durable faisait ainsi son petit bonbonne de chemin dans la transformation agroalimentaire, jusqu’au moment où ses actrices prennent conscience d’une chose : La forme associative de leur structure ne cadre pas avec les activités à but lucratif qu’elles mènent à travers la vente de produits issus de la transformation agroalimentaire. Elles décident alors de créer une entreprise ; sans pour autant abandonner l’association. L’entreprise avec pour nom Femmes Actives, dirigée par Safiatou Rouamba/Sam,  a été  reconnue officiellement depuis mars 2014.

L’histoire de moringa

Le thé de moringa produit par Safiatou Rouamba/Sam

Dans son parcours de transformatrice agroalimentaire, Safiatou Rouamba/Sam est inscrite dans la dynamique de la créativité.  Une de ses réalisations phares est le thé de moringa. Pour la petite histoire, elle se rendait souvent, dans une cours voisine à la sienne, afin de trouver des feuilles de cette plante pour en faire une infusion destinée à son mari. Un jour, alors qu’elle était allée chercher les feuilles en question, elle se rendit compte que le propriétaire avait arraché l’arbre. Frustrée, elle décide de chercher la semence de moringa pour la faire pousser. Avec les services techniques de l’environnement de la localité, elle réussit à avoir la semence recherchée, qu’elle sème sur une superficie non négligeable, à Boussouma, un village de la région où elle habite. Depuis un certain temps, cette battante et ses collaboratrices cueillent régulièrement les feuilles de moringa de ce champs qu’elles sèchent, emballent et mettent sur le marché. Elles transforment aussi ces feuilles en poudre, en jus qu’elles commercialisent. A force de travailler avec le moringa, l’idée vint à l’ingénieuse transformatrice d’en faire du thé.  Quand elle réussit à produire ce thé, elle cherche à lui donner l’apparence des thés importés bien connus au Burkina Faso. Elle arrive ainsi à mettre sur le marché un thé à l’allure attractif.

Des prix et des partenaires

En 2015, Safiatou Rouamba/Sam se retrouve à une foire à Fada N’Gourma, le chef-lieu de la région de l’Est du Burkina Faso. A cette foire, elle participe à une compétition avec son thé de moringa. Elle se voie octroyé le premier prix qui lui a donné droit à un montant de un million de francs CFA plus du matériel de transformation agroalimentaire. Après Fada N’Gourma, toujours avec son thé de moringa, elle a obtenu deux autres prix dans d’autres localités du pays. Son premier prix avec le moringa, elle l’a obtenu en 2014 à Yako, une des villes de la région du Nord. Là, c’est les graines de moringa bien emballées qui a séduit le jury. A ce niveau elle avait obtenu environ la somme de 500 000 FCFA plus du matériel de production. Elle nous confie : « C’est ce prix qui m’a encouragé à poursuivre le travail de transformation du moringa ». La transformatrice agroalimentaire de Ouahigouya a aussi été lauréate à d’autres compétitions avec des produits comme le biscuit de maïs, le biscuit de Detarium senegalense  (kaga en mooré, langue locale du Burkina Faso). Son ardeur au travail et sa grande rigueur en matière d’hygiène sont l’objet d’admiration de la part de son entourage.

A travers ses différentes initiatives, l’entreprise Femmes Actives a réussi à attirer l’attention de certaines structures d’appui comme le ministère en charge de la promotion de la femme, l’Agence de Promotion des de produits Forestiers Non Ligneux (APFNL), la FAO, le Programme Augmentation de Revenus et Promotion de l’Emploi Décent en faveur des femmes et des jeunes (PARPED), le Projet d’amélioration de la productivité agricole et de la sécurité alimentaire (PAPSA), l’ONG Tree Aid, l’agence Expertise France, etc. Les appuis obtenus par dame Rouamba auprès de ces institutions se présentent sous diverses formes : des formations, des dotations en matériel, des financements de participation à des foires, des appuis à l’écoulement des produits, etc.

Situation actuelle

Une oeuvre de « madame Rouamba » : du couscous de haricot mis carton

En plus des produits qui lui ont valu des prix à des compétitions, dans la vitrine des réalisations de « Madame Rouamba« , il y a bien d’autres : des jus à base de différents produits forestiers non ligneux (pain de singe, lianes, détarium,), biscuits à base de différents céréales (maïs, riz, sorgho, etc) et de  pommes terre, de l’huile de moringa, etc. Le dernier produit en date qu’elle a sorti est le couscous de niébé emballé en carton.

Avec un chiffre d’affaires de 10 millions de FCFA aujourd’hui, l’entreprise dirigée par Safiatou Rouamba/Sam  compte 30 employés permanents et 40 temporaires. Elle dispose de cinq motos en vue de faciliter les déplacements pour la commercialisation des produits de l’entreprise dans les localités situées aux alentours de la ville de Ouahigouya. Par extension, l’entreprise Femmes Actives dispose d’une garderie, un restaurant, une boutique de vente de produits locaux. En plus du champ de moringa de Boussouma qui fait 2 hectares, l’entreprise possède deux autres champs de la même superficie environ dans des villages situés aux alentours de Ouahigouya. Concernant la garderie, l’entrepreneure de Ouahigouya avance : « je l’ai créé pour éloigner de notre zone de transformation les enfants de certaines femmes impliquées dans le travail ». Aujourd’hui, cette garderie est ouverte à d’autres enfants de la ville de Ouahigouya.

Après sa première candidature au test d’intégration de la fonction publique, Safiatou Rouamba/Sam ne s’intéressera plus jamais à ce concours. Aujourd’hui, après avoir fait un parcours non négligeable dans la transformation agroalimentaire et bâti une certaine assise dans le domaine, elle nous confie : « Je ne regrette pas du tout d’avoir négligé le test d’intégration dans la fonction publique. Je trouve mon compte dans l’activité que je mène présentement. Je n’envie aucunement mes promotionnaires de l’école de santé qui sont aujourd’hui fonctionnaires de l’Etat ».

Des ambitions et des conseils

« Madame Rouamba » ambitionne de créer dans un avenir proche, à Ouahigouya, un glacier où seront proposées des glaces fait à base de Produits Forestiers Non Ligneux (PFNL) tel que le néré, les lianes, le detarium, balanites. Elle a  aussi à l’idée de réaliser à partir du sésame et des PFNL des produits à l’image des biscuits au chocolat. Un de ses grands rêves présentement est de créer une usine de fabrication de jus à base de PFNL. Elle se réjouit particulièrement d’une chose aujourd’hui : « Je pense que le fait de permettre à des personnes de pouvoir subvenir aux besoins de leur famille à travers les salaires qu’ils perçoivent au niveau de l’entreprise est une source de bénédiction pour moi ».  A ceux qui désire emboiter son pas elle conseille : « Il faut aimer ce qu’on fait, travailler dur, avoir un objectif fixe, évoluer étape par étape, être vigilant et sérieux dans la conduite de ses activités ».

Sié METOUOLE MEDA  

COMMENTS

WORDPRESS: 0
DISQUS: 0