« En consommant local, nous consommons ce que nous connaissons », Abdoulaye Willy, promoteur du Festival des mets locaux

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« En consommant local, nous consommons ce que nous connaissons », Abdoulaye Willy, promoteur du Festival des mets locaux

La ville de Koudougou, chef-lieu de la région du Centre-ouest du Burkina Faso, a abrité un évènement majeur au cours du mois de juillet 2020. Il s’agit du Festival des mets locaux qui était à sa première édition. Le promoteur de cet évènement est Abdoulaye Willy, Manager général de Will Communication. Il est également le président de l’Association Citoyenne pour la Paix qui est la structure porteuse du festival. Nous l’avons rencontré pour en savoir davantage sur l’initiative du Festival des mets locaux,  le déroulement de la première édition, les ambitions sur ce projet. Lisez plutôt !

 

Abdoulaye Willy, Manager général de Will Communication, président de l’Association Citoyenne pour la Paix (ACP), promoteur du Festival des mets locaux

Qu’est-ce que le Festival des mets locaux ?

Le festival des mets locaux est comme son nom l’indique une grande foire de la gastronomie burkinabè. La première édition a eu lieu du 23 au 26 Juillet 2020 à Koudougou. C’est un espace où l’ensemble des mets locaux se côtoient et où il y a également des produits agro-sylvo pastoraux et des produits de l’artisanat.

 

Comment avez-vous eu l’idée d’organiser un tel évènement ?

L’idée est venue du constat que de plus en plus les burkinabè sont demandeurs des mets locaux. Par exemple, quand vous allez à des cérémonies, c’est les plats locaux qui finissent en premier. Malheureusement on observe qu’il n’y a pas de cadre approprié et formel qui nous propose ces mets locaux. Par ailleurs, il y a une faible main d’œuvre qualifiée et spécialisée dans la préparation des mets locaux. Lors des évènements sociaux, on fait souvent appel à des personnes âgées qui s’y connaissent. Cela veut dire que si on n’y prend garde, dans quelques années, il n’y aura peut-être plus cette main d’œuvre qualifiée. Nous nous sommes donc dit qu’il fallait interpeller les consciences et aussi accompagner la volonté manifeste du gouvernement dans la promotion du consommons local.

En quoi un tel évènement peut contribuer à développer l’esprit du « consommer local » ?

Le festival des met locaux contribue à interpeller les consciences sur la valeur des produits locaux. Au cours du festival les gens ont découvert des mets locaux qu’ils n’avaient jamais vus. On a pu constater que l’initiative a suscité de l’engouement. La rue marchande du Festival était tous les jours bondée de monde. Tout cela nous fait penser que cet évènement contribue effectivement à impacter les consciences, à interpeller l’ensemble des burkinabè sur l’intérêt de la valorisation des produits locaux. Nous devons privilégier les produits locaux parce que ce sont des produits dont nous connaissons l’origine. Nous connaissons la chaîne de transformation de ces produits. Cela veut dire qu’en consommant ces produits, nous consommons ce que nous connaissons et nous pouvons ainsi contrôler notre santé.

Quels étaient les principaux faits marquants de la première édition du Festival des mets locaux ?

L’Association Citoyenne pour la Paix (ACP), en marge de la première édition du Festival des mets Locaux, a obtenu des contributions en vivres pour le service psychiatrique du Centre Hospitalier Régional (CHR) de Koudougou

On peut d’abord citer la foire d’exposition où on pouvait retrouver les mets locaux, les produits agricoles ainsi que les produits forestiers non ligneux transformés. Ensuite, il y a la formation que nous avons organisée. Nous nous sommes dit que si on parle de faiblesse de la main d’œuvre qualifiée en matière de mets locaux, une des solutions, c’est la formation. 156 jeunes, garçons et filles, ont pu participer à la formation sur la préparation des mets locaux. En plus, nous nous sommes dit qu’en tant qu’association, il faut aussi qu’on s’investisse dans le social. A Koudougou, il y a un endroit qu’on appelle péjorativement « le centre des fous ». C’est le service psychiatrique du Centre Hospitalier Régional (CHR) de Koudougou qui recueille des personnes atteintes de troubles mentaux. Le Médecin chef de ce centre et son personnel font face à des difficultés, parce que les malades mentaux là-bas sont souvent laissés à eux-mêmes. Il est donc difficile de les nourrir. Dans le cadre de notre festival, nous avons fait un appel à contribution en vivres pour ce centre. En fin de compte, nous avons pu réunir une quantité non négligeable de vivres, notamment du riz et aussi de l’huile. L’association a également pu avoir trois lave-mains pour le centre.  La remise a été effectuée après la clôture de l’activité. Il y a eu aussi un panel sur le thème du Festival. Nous avons en outre voulu, au cours du festival, valoriser aussi nos artistes locaux à travers un plateau musical avec des artistes essentiellement nationaux qui étaient invités à prester dans la soirée.

 

Quel bilan faites-vous de l’organisation de la première édition du Festival des mets locaux   ?

Le bilan pour nous est positif. L’ensemble des activités prévues ont pu effectivement se tenir avec succès. Nous avons pu tenir la foire, l’ensemble des stands ont été occupés et nous avons eu la participation du public. Au niveau également de la formation, les résultats sont allés au-delà de nos attentes. Les jeunes se sont montrés intéressés et se sont inscrits. Ils ont même souhaité que le comité d’organisation puisse plaider auprès des restaurants afin qu’ils puissent avoir des stages de perfectionnement. En ce qui concerne les prestations artistiques, nous avons pu avoir l’ensemble des artistes invités, à ce niveau  également, on peut dire que c’était un succès. Mais il faut reconnaitre qu’au niveau financier nous avons  fait face à pas mal de difficultés. L’activité ayant eu lieu pendant la pandémie de la Covid-19, l’ensemble de nos partenaires annoncés nous ont fait faux bond. L’Association était obligée d’organiser l’évènement à sa charge en comptant sur les contributions du public. Dans l’ensemble, on peut dire fièrement que le bilan est quand même positif parce que malgré les difficultés nous avons pu tenir le festival.

Dans le cadre du festival, 156 jeunes garçons et filles ont été formés dans préparation de mets locaux

Quelles sont vos ambitions à moyen et à long terme avec le Festival des mets locaux ?

Déjà les ambitions à moyen terme c’est de rebeloter avec l’organisation d’une deuxième édition. Mais avant cela, nous sommes déjà dans la dynamique de l’organisation du festival à Ouagadougou. Nous avons donc déjà des échanges avec les responsables du Musée national à ce propos pour tenir l’évènement dans les locaux de cette institution. Nous avons pris rendez-vous pour octobre 2020 pour la tenue du Festival soit à Ouagadougou ou à Bobo Dioulasso.  La perspective à court terme est donc de tenir le festival cette année même dans l’une des deux capitales et à long terme, pouvoir organiser chaque année l’évènement dans les trois villes : Koudougou, Ouagadougou et Bobo Dioulasso. Nous voulons aussi faire de ce festival un véritable creuset de la formation des jeunes dans le domaine des mets locaux.

 

Quel appel avez-vous lancé pour un meilleur positionnement du « consommer local » dans les habitudes des burkinabè ?

Mon premier appel c’est à l’endroit du public burkinabé à s’inscrire dans la vision du gouvernement en matière de promotion de produits locaux. C’est vrai que de nos jours on note un regain d’intérêt pour ces produits mais je trouve que ce n’est pas encore assez. Le deuxième appel, c’est à l’endroit de nos potentiels partenaires de pouvoir effectivement nous accompagner. Je veux parler des structures étatiques, des ONG, des projets, etc. Ce serait bien qu’ils nous apportent leur appui dans la limite de leur possibilité. Le dernier appel à lancer est à l’endroit des autorités pour bénéficier de leurs encouragements. Pour un évènement comme le Festival des mets locaux, quand on sait qu’à nos côtés il y a l’Etat qui nous encourage, cela nous motive à aller de l’avant. C’est clair que ce n’est qu’ensemble que nous pourrons véritablement impacter les consciences citoyennes pour que les gens puissent comprendre que le Burkina Faso va se construire mais pas sans son identité.

Propos recueillis par Sié Méda

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