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Assétou Traoré /Lingani : Une amazone de la transformation agroalimentaire au Burkina Faso | Africawassa

Assétou Traoré /Lingani :  Une amazone de la transformation agroalimentaire au Burkina Faso

Assétou Traoré /Lingani : Une amazone de la transformation agroalimentaire au Burkina Faso

De vendeuse de bouillie  dans un des quartiers perdus de la capitale burkinabè, elle fait aujourd’hui partie de ceux et celles de son pays, dont la voix compte lorsqu’il s’agit de l’agroalimentaire.  Assétou Traoré/Lingani, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est de ceux qui croient en l’avenir et qui osent affronter le risque. Partie de moins de 2000f CFA pour lancer les activités de son unité de transformation, « Tout super », c’est en millions qu’elle évalue aujourd’hui son chiffre d’affaires. Des prix, elle en a été lauréate dans diverses catégories. A 54 ans, cette amazone est encore animée de grandes ambitions.

Traoré/Lingani Assétou, patronne de l’unité de transformation de céréales « Tout super »

Il n’y a pas plus d’une quinzaine  d’années, au pays des hommes intègres, investir dans l’agroalimentaire n’était pas chose bien vue. Perte de temps pour certains, folie ou manque de réalisme  pour d’autres, bref, l’avenir de ce domaine entrepreneurial était alors perçu comme le moins certain. Pourtant, depuis bien longtemps, certains ont cru en ce qu’ils pouvaient tirer comme profit dans ce secteur en y portant leur dévouement. De ces personnes que l’on pourrait, sans conteste, qualifier de visionnaires fait partie Mme Traoré/Lingani Assétou, patronne de l’unité de transformation de céréales « Tout super », implantée à Toussiana. « Riz au soumbala, zamnè (1), ou couscous précuits », peut-on citer comme merveilles parmi d’autres dont dame Traoré en a les secrets. Son nom est cité parmi les  pionnières dans le secteur de la transformation agroalimentaire au Burkina Faso. Son leadership est incontesté et va au-delà de son pays.

Son histoire remonte aux années 90, alors petite commerçante qui s’essaye presque à tout, avec  plusieurs gammes de produits. « Je vendais presque du tout : des pagnes, des condiments, etc., mais j’étais beaucoup plus dans la restauration. Je vendais de la bouille de céréales et du Zoom-koom (2) au quartier Larlé, à Ouagadougou », raconte-t-elle. Le coup de chance partira de la vente de la bouillie qui prospère. Un de ces jours de 1993, en préparant sa recette de bouillie de petit mil, elle se surprend avec une grande quantité de grumeaux de cette céréale. Elle décide alors de sécher le surplus. « Le lendemain, j’ai constaté que le séchage était effectif et que les grumeaux avaient pris de belles  formes.  J’ai donc décidé ce jour de faire la bouillie avec les grumeaux secs. Ce que j’ai constaté de différent c’est que les grumeaux séchés duraient seulement dix à quinze minutes de plus au feu avant qu’on ne puisse y ajouter la farine délayée. » Ainsi, Assétou découvre ce qu’elle considèrera désormais comme sa « bonne affaire ».

Un coup de hasard qui a tout changé

Vite, la découverte d’Assétou commence à sortir de l’ordre des secrets lorsqu’en période de carême musulman de la même année 1993, elle décide d’offrir les grumeaux de petit mil  séchés à des amies et connaissances. Pour cela elle prend le soin de l’assaisonner avec la farine fine, de sorte à obtenir une recette complète. Comme un coup du hasard, cette initiative marquera une étape décisive de son parcours. « Une de mes amies qui avait sa fille en Allemagne s’est montré beaucoup plus intéressée par le produit. Elle s’est dite prête à en acheter pour sa fille qui venait d’accoucher et a ainsi lancé une commande », relate-elle. En partant livrer la commande, la ’’petite’’ commerçante d’alors fait un tour dans une importante entreprise de la place pour offrir un paquet à sa sœur qui y travaillait comme caissière. Elle tombe sur un groupe de femmes qui apprécient favorablement sa trouvaille. Ces dernières font siennes la commande pour l’Allemagne qui, finalement, n’arrivera pas à la destination prévue. En reprenant la commande pour l’Allemagne, dame Assétou double la quantité des ingrédients prévus, si bien qu’au lieu de 5 cuvettes de petit mil, elle en achète 10, pour désormais compter avec les alimentations et super marchés. Dans cette foulée, elle rencontre un mauritanien en partance pour les Etats-Unis où ce dernier collabore avec des propriétaires de super marchés et restaurants. Ce mauritanien décide de nouer avec elle un partenariat d’affaires. Ainsi, après avoir emmené quelques échantillons aux pays de l’once Sam, il lance une importante commande en 1998 : une commande de 4 cartons, soit 64 paquets de grumeaux de petit mil  pour 104 000 F CFA. A partir de cet instant, notre amazone prend conscience que cette activité pouvait désormais constituer son gagne-pain. « A l’époque, le sac de mil de 50 kilogrammes coûtait 12 500 F CFA. Avec une avance du client, j’en ai pris trois. Le décorticage et le moulinage ont coûté 3500 F », raconte-t-elle. De bouche à oreille, sa trouvaille est bien accueillie par les consommateurs et les commandes se succèdent à l’extérieur du pays.

34 prix et 4 trophées en une dizaine d’années

Un trophée obtenu par Traoré/Lingani Assétou aux Journées Agroalimentaires en 2009

Un jour de l’année  2001, elle est invitée à l’émission « Bien manger, bien vivre », célèbre émission de promotion de la gastronomie burkinabè d’alors, qui passait sur la télévision nationale. Elle y présente  ses grumeaux de petit mil, avec démonstration de la préparation de la bouillie à l’appui. Cette émission lui sera d’un grand intérêt : le niveau de la demande monte. Au-delà de bouillie préfabriquée, des clients commencent à demander d’autres produits du même registre : du fonio précuit, du couscous de riz et de petit mil, du vermicelle de riz, etc. Animée par l’esprit de créativité, la jeune entrepreneure n’hésite pas à s’y lancer. Et avec ses produits aussi bien innovants que variés, elle constate la rentabilité de son activité. En 2005, elle présente pour la première fois ses découvertes à une foire, à l’occasion des Journées agroalimentaires. A cet événement, elle remporte le premier prix de l’exposition avec le vermicelle de riz. Des prix, elle en raflera 33 autres, assortis de 4 trophées à diverses compétitions tant nationales qu’internationales.

 

Dame Assétou et la restauration, une histoire de passion

 Aujourd’hui, son entreprise « Tout super » formalisée en 2007, est une référence en matière de transformation, aussi bien au niveau national que sous régional. Du Mali aux Etats unis, en passant par  bien d’autres pays, ses produits sont assez prisés. Partie de rien comme diront certains, Assétou Traoré fait aujourd’hui un chiffre d’affaires de plus de 50 millions. Fort de ce riche parcours, elle  est habilitée par le Fonds d’Appui à la Formation Professionnelle et à l’Apprentissage (FAFPA), structure chargée de la mise en œuvre de la politique gouvernementale en matière de formation professionnelle et d’apprentissage, pour partager ses expériences à d’autres femmes du secteur informelle. Par le biais de structures associatives et de groupements de production, ce sont plus de deux mille femmes qui ont bénéficié de cette expérience. Entre Assétou Traoré et la restauration, c’est une histoire de passion, et elle ne manque pas l’occasion de le dire.  Pour la petite histoire, cette passion  a eu raison de son cursus scolaire qu’elle a décidé d’écourter après la classe de CM2, pour épauler sa maman alors restauratrice. Du haut de ses 54 ans, l’amazone n’est pas au bout de ses objectifs.

Photo de famille : Traoré/Lingani Assétou et les employées de l’unité de transformation de céréales « Tout super »

Après avoir réalisé son rêve de construction d’une unité de transformation, qui emploie aujourd’hui une trentaine de personnes, ce qui lui tient à cœur demeure l’érection d’un centre de formation qui sera consacré à la transformation, en vue de donner plus de chances de réussite entrepreneuriale aux amateurs de ce secteur d’activité.

En attendant que ce rêve devienne une réalité, c’est tout ce brillant parcours qui a été salué par le ministère en charge du commerce en 2018 : dame Traoré a été faite chevalier de l’ordre du mérite du commerce et de l’industrie.

B.K.

 

Du succès mais aussi des embuches

Au-delà de ce parcours qui force aujourd’hui inspiration et admiration, Assétou Traoré n’a pas connu que  la chance et le succès. Autant de difficultés que l’on puisse rencontrer dans ce domaine d’activité, elle en a surmonté de toutes les couleurs. Difficultés de stockages, pertes liées à la difficulté d’écoulement ainsi qu’à celle de la conservation en raison des aléas climatiques, insuffisance de moyens logistiques, pour ne citer que cela. L’une des pires anicroches dont elle se souviendra, est un incendie qui a ravagé son stand lors d’une exposition à Dakar en 2015, où ses pertes  ont été estimées à plusieurs millions de francs CFA.

 

Une présence assidue dans sa vie sociale

Après plus d’une vingtaine d’années de labeur, Assétou Traoré est encore animée de dynamisme. Toujours entre deux voyages relevant du cadre professionnel, elle consacre son temps à des formations qu’elle dispense, sans oublier la gestion de son unité de transformation.  C’est à se demander si cette amazone, mère de quatre enfants, trouve  encore des minutes pour les consacrer à sa vie sociale, particulièrement la famille. Mais pour elle, il n’est pas question de démissionner de la vie extra-entrepreneuriale, surtout lorsqu’il s’agit de s’occuper de sa famille, une priorité pour elle. Preuve de cette importance qu’elle accorde à la famille, de toutes les attestations qui couronnent son brillant parcours, celle qu’elle présente au premier venu comme la plus valeureuse, lui a été concocté par son époux. En ce qui concerne l’éducation de ses enfants, dame Traoré n’y manque pas non plus l’occasion de mettre du sien en leur inculquant des valeurs à elle chères, dont le travail et la rigueur. « J’éduque mes enfants comme si je ne les aimait pas », nous confie-t-elle. En dehors de la famille, Assétou Traoré, à la lumière de témoignages de ses proches et connaissances, n’est jamais en marge d’un événement heureux ou malheureux.

Des produits de la créativité d’Assétou Traoré :

  • Des grumeaux de bouillie
  • Grumeaux de déguè
  • Yongon précuit
  • Quép gén
  • Couscous de niébé
  • Fonio précuit et non précuit
  • Farine de maïs
  • Riz au soumbala précuit
  • Bouillie enrichi pour enfants
  • Zamnè précuit
  • Spaghettis de céréales (maïs, mil et soja)
  • Vermicelles de riz
  • Œuf de campana
  • Couscous magique («  recettes instantanées

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